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La Mairie de Barcelone rompt avec les logiciels privateurs

jeudi 18 janvier 2018

La Conseil municipal mise sur les PME locales et les logiciels libres pour ses projets informatiques

Dans moins d’un an, les employés de la Mairie de Barcelone ne géreront plus leurs e-mails en utilisant le populaire client Outlook. Le Conseil municipal a prévu de migrer le serveur Microsoft Exchange vers Open-Xchange, une alternative logicielle open source. La commissaire à la technologie et à l’innovation numérique de la mairie, Francesca Bria, affirme que la présence du géant informatique Bill Gates dans les ordinateurs municipaux sera en diminution avant la fin du mandat municipal. Son objectif est que Windows soit utilisé seulement de façon résiduelle et que toutes les applications bureautiques s’effectuent avec des logiciels non propriétaires. De plus, la Mairie accordera la priorité de la commande de projets technologiques aux PME locales et re-municipilisera le développement de ce programme avec l’embauche de 65 nouveaux fonctionnaires.

Mozilla plutôt qu’Internet Explorer ou une alternative comme OpenOffice pour la bureautique. Voici quelques exemples des changements envisagés dans le plan numérique de la Mairie de Barcelone. Et un objectif pour le futur serait d’aller plus loin : se passer de Windows pour utiliser un système d’exploitation Linux comme Ubuntu, qui fonctionne déjà en test sur 1000 ordinateurs dans la Municipalité de Barcelone.

Comme si une chanson était mise sur le marché en même temps que sa partition ou les plans d’un bâtiment devenaient publics avec le droit de réutilisation. Ainsi fonctionne le logiciel libre. Vous pouvez voir comment c’est fait à l’intérieur et son code peut être modifié. « Les fonds provenant des citoyens doivent être investis dans des systèmes qui peuvent être réutilisés et ouverts à un écosystème local », explique Bria, en soulignant que Barcelone est la première entité municipale à adhérer à la campagne européenne « Argent public, Code Public » (en anglais : « Public Money, Public Code »).

L’objectif de la Mairie est « d’éviter de dépenser autant d’argent pour des services à coûts de licence élevés » et de ne pas dépendre de fournisseurs spécifiques à la suite de contrats qui, dans certains cas, sont caducs depuis des décennies. Dans l’univers open source, si un fournisseur quitte un projet, une autre équipe peut voir comment il s’y prenait et le continuer. Les licences ne sont pas payantes, seulement le support. Elles favorisent également la réutilisation : les programmes de Barcelone peuvent être réutilisés, selon Bria, dans d’autres municipalités de Catalogne ou du monde entier. Par exemple, elle explique que la propre plateforme de surveillance par capteurs de la Ville, Sentillo, est déjà utilisée dans des endroits éloignés comme Dubaï ou le Japon.

La commissaire à l’innovation numérique, recrutée par la maire Ada Colau, avant d’arriver à Barcelone a travaillé à l’agence d’innovation du gouvernement britannique, NESTA. Elle précise que la stratégie open source ne se réduit pas à des applications utilisées par la Mairie. Elle comprend également des projets de développement d’outils internes et externes. Au total, avant la fin du mandat au printemps 2019, la Mairie s’est engagée à investir 70 % du budget en informatique dans des logiciels non propriétaires.

Pour renforcer en interne le développement technologique, la Mairie recrutera 65 informaticiens. La moitié d’entre eux rejoindront l’Institut Municipal d’Informatique (IMI) en janvier. L’autre le fera un an plus tard. Alors les effectifs de l’entreprise atteindront 300 personnes. En ce qui concerne l’externalisation, le conseil municipal a développé des « standards éthiques » pour privilégier le partenariat avec des « sociétés locales » qui travaillent avec des méthodologies open source et selon des processus privilégiant la souplesse dans la conduite des projets.

« L’âge moyen des travailleurs de l’IMI est de 50 ans et celui des responsables de la technologie est de 20 ans », explique Mme Bria. La commissaire à l’innovation justifie ainsi pour partie l’augmentation des moyens en personnel, reconnaissant également que les salariés plus anciens se sont bien adaptés à la nouvelle manière de travailler, au développement sous forme de projet, une méthode de gestion des travaux fondée sur l’évaluation continue des besoins des programmes tels qu’ils sont définis.

La Mairie prévoit de conduire, d’ici un an et demi, 20 projets informatiques dans le cadre du nouveau plan numérique. Le premier d’entre eux est la création d’un « marché numérique » pour faciliter l’accès des petites entreprises aux marchés publics. Cette plateforme publiera les offres, en tant que vitrine virtuelle, « avec plus d’informations et à l’avance » afin que les petites entreprises puissent « planifier » leurs offres pour leur permettre de faire concurrence aux grandes entreprises.

La région italienne du Piémont, l’Australie ou la capitale finlandaise Helsinki ont des gouvernements dont Barcelone s’inspire du point de vue de la numérisation de l’administration publique. En Espagne, en vertu de la loi 39/2015 sur la procédure administrative commune pour les administrations publiques, en 2020, la voie numérique doit être la priorité en matière de gestion de la bureautique. Bria indique que Barcelone est aussi une référence : Amsterdam a traduit en anglais six guides de la Municipalité qui résument la nouvelle gestion informatique de la ville.

Barcelone nommera un commissaire à la protection des données en janvier
Le fait que les applications encodent leurs documents avec des standards ouverts facilite la communication entre elles. Cela facilite la création de grands dépôts de données (Big Data) que la Mairie considère comme un gisement fondamental d’informations. Disposer des variables du trafic en temps réel et en tirer des conclusions à partir de l’historique ou visualiser sur une carte les logements inoccupés sont quelques exemples que Bria cite à propos de ce qu’elle appelle « l’intelligence collective ». L’un des résultats du travail en cours de la Municipalité, de centralisation des flux, est la création d’un tableau de bord pour la gestion municipale. L’objectif de cette application, qui sera prête fin 2018, est de centraliser sur un seul écran les principaux indicateurs de la ville et d’optimiser la prise de décision.

Les technologies disponibles prennent le pouls de Barcelone en temps réel et forment un flux continu de données, dont certaines sont personnelles. En ce sens, Bria affirme que Barcelone est prête à garantir la confidentialité de ces informations, conformément à la réforme des règles de protection des données de l’Union Européenne qui entrera en vigueur en mars prochain. C’est pourquoi la Mairie prévoit de nommer un commissaire à la protection des données le mois prochain. « Ce sera la première ville du sud de la Méditerranée dans cette situation », dit Bria.

La commissaire à l’innovation assure que le fait de renoncer aux logiciels des grandes entreprises ne diminuera pas la sécurité des systèmes municipaux. Dans un esprit de protection de la vie privée, Barcelone travaille sur une nouvelle initiative avec la capitale néerlandaise pour créer un dossier privé pour chaque citoyen. Dans ce dossier figureront toutes les données que la Mairie détient sur une personne. L’objectif est de garantir, conclut Bria, la « souveraineté technologique ».

El Pais traduction Montpel’libre.

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